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.Et les procureurs, hommes habiles, ne l’accusaient de rien d’autre.Pourquoi l’auraient-ils fait, d’ailleurs ? Un homme n’a qu’une seule tête à perdre.Sa Majesté se leva.Le reste de la cour imita le roi et se retira pour considérer les faits.— Maman est partie se reposer dans sa chambre.Je pourrais vous faire la lecture, papa, murmura Raquel alors que l’après-midi du sabbat, chaud et ensoleillé, traînait en longueur.Yusuf pourrait aller chercher le livre si je lui disais lequel prendre.Ils étaient assis sous la charmille.Seul le bruissement de la fontaine venait rompre le silence.Le chat dormait ; les oiseaux avaient cessé de piailler ; même le bruit des charrettes et des voix à l’extérieur du Call se fondait en une sorte de somnolence universelle.— Tu es bien sûre ? dit Isaac en feignant la terreur.Nous pourrions peut-être prendre le risque d’une page.Quelque chose qui convienne à ce jour, évidemment.— Évidemment.Où sont les jumeaux ?— On m’a dit qu’ils dormaient, répondit Isaac.Si tu dois lire, que ce soit à voix basse.Il serait coupable, à un âge aussi tendre, de les exposer à la dépravation.— Ce n’est pas que je veuille vraiment, papa, dit Raquel, hésitante.Je pensais que cela pourrait apaiser vos soucis.Elle prenait son père très au sérieux et trouvait quelque peu dérangeante sa tendance à l’autodénigrement.Voulait-il qu’elle lui fasse la lecture le jour du sabbat ou non ? Son père était un homme très croyant ; pourtant, comme sa mère aimait à le souligner, il faisait preuve de beaucoup de liberté pour ce qui était de l’observance des rites.Cette fois-ci, elle décida de prendre les choses en main et pria Yusuf de la suivre dans le cabinet.Isaac perçut le doux bruissement des jupes de sa fille quand elle traversa la cour, puis il l’entendit pousser la porte du cabinet d’étude.Alors que Raquel cherchait quelque chose de convenable, il s’imagina qu’à travers ses yeux il revoyait la longue rangée de livres précieux aux reliures sombres, et il se demanda lequel elle allait choisir.— J’ai choisi Boèce, papa.De consolatione philosophiae.Cela ne le surprit nullement.C’était un des ouvrages préférés de Raquel : le premier texte « difficile » qu’elle avait appris à lire et à comprendre.— Cela veut dire quoi ? demanda Yusuf.— « De la consolation de la philosophie », bien entendu, répondit Raquel.— Puis-je rester écouter ? fit le garçon.— Tu ne comprendras pas, répliqua Raquel avec une pointe de morgue.C’est écrit en langage savant.— Je comprends un peu ce langage, dit Yusuf.Le clerc avec qui je voyageais me l’a enseigné.J’écouterai en silence et ne poserai aucune question.Puis j’irai en ville pour apprendre ce que vous désirez savoir, seigneur.— Tu peux rester, dit Isaac d’un ton dubitatif.Une certaine hostilité teintée de jalousie semblait déjà se manifester entre ces deux esprits exigeants, et cela le mettait mal à l’aise.Au cours des derniers jours, Yusuf s’était fait une petite place dans sa vie.Isaac formait des projets concernant l’éducation du jeune Maure, et parvenir à écarter les soupçons de Judith serait certainement assez difficile.Si Raquel se tournait à son tour contre ce garçon, la paix de la maison risquait d’être ébranlée par une guerre ouverte entre ses deux apprentis hors du commun.— Mais ne dérange pas Raquel, ajouta-t-il.C’est alors que, de sa voix douce et plaisante, Raquel se mit à lire les vers.Jeté en prison, Boèce se lamente sur la cruauté de sa situation ; elle l’a privé de sa force et de sa jeunesse, le faisant vieillir avant l’âge ; la mort est imminente, et la poésie qui faisait jadis ses délices ne réussit plus à le consoler.Yusuf regardait attentivement les lèvres de Raquel former les mots ; Isaac écoutait le texte familier avec le plaisir qu’il prenait toujours à la beauté des sons, ce qui permettait à son esprit d’échapper aux événements extraordinaires de ces derniers jours.Raquel acheva les lignes poignantes où le philosophe reproche à ses amis d’avoir vanté dans le passé sa bonne fortune.Sa voix défaillit un instant, mais elle reprit son souffle et poursuivit sa lecture.C’est alors que Dame Philosophie apparaît soudain dans sa cellule, majestueuse dans sa robe précieuse.Raquel fut incapable de goûter plus longtemps la scène : tout cela était bien trop proche de la réalité.Elle referma le livre et le tendit à Yusuf.— Papa, pourquoi ont-ils arrêté Don Tomas ? Vous avez certainement appris quelque chose.— Pas grand-chose, en fait, dit-il avec prudence.— Cela me semble très injuste.Il a risqué sa vie à deux reprises pour nous venir en aide.Et il n’avait rien à voir avec notre enlèvement, affirma-t-elle d’une voix calme et grave qu’elle ne pouvait toutefois empêcher de vibrer.— J’ai cru comprendre que c’est son serviteur qui t’a enlevée ainsi que dame Isabel.Cela suffirait pour l’arrêter.— Est-ce la loi ? demanda-t-elle.Si le petit Yusuf allait au marché dérober un gâteau, vous enverrait-on en prison ?— Si je l’avais envoyé le voler et s’il l’avait rapporté à la maison pour que je le mange, oui.Mais s’il agit sous l’effet de sa propre cupidité, c’est son corps qui se retrouvera en prison.— Mon corps serait toujours en prison, seigneur, que vous m’ayez envoyé voler ce gâteau ou que je l’aie fait de mon propre chef, intervint promptement Yusuf.Ils me prendraient, que ce soit votre faute ou pas.— C’est vrai, reconnut Isaac.Et il en va de même pour Tomas.Le serviteur doit être châtié pour ses actes, mais s’il est jugé que le maître lui a ordonné d’agir, il doit lui aussi être puni.Plus sévèrement, même.Tu peux t’en aller à présent, Yusuf.Sans faire de bruit.Le garçon se leva en silence, puis se planta devant Isaac, apparemment peu enclin à abandonner une si intéressante conversation.— Attends, lui dit Raquel.Si tu sors du Call, j’ai un message à te remettre.Yusuf se rassit à côté d’Isaac.— Tomas ne savait rien de ce qui nous était arrivé cette nuit-là, poursuivit Raquel.Il est venu à notre secours quand il m’a vue les mains liées.— Est-ce ce qu’il a dit ?— Non.Je l’ai vu près de la rivière.Il nous regardait passer, comme quelqu’un qui se repose en profitant de la journée.Nous allions le dépasser quand j’ai remarqué qu’il avait l’air étonné.Il avait vu mes mains, papa.Il a tiré son épée et a couru jusqu’à nous avant d’obliger Romeu à se battre.Il l’a tué devant moi.— Il aurait pu s’agir d’une ruse de sa part, pour vous convaincre, dame Isabel et toi, de son innocence [ Pobierz całość w formacie PDF ]

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